L’État peut-il devenir le parent des parents ?

Franck-Abed



Chaque époque semble avoir trouvé son remède universel. Dès qu’un problème surgit, certains réclament une nouvelle loi afin de transférer plus d’autorité des familles vers l’État. Ce réflexe pavlovien est devenu une seconde nature.
L’argument selon lequel « on interdit déjà l’alcool et le tabac aux mineurs » passe à côté de l’essentiel. Il suppose que toute difficulté éducative appelle nécessairement une intervention étatique. Ce postulat, je le conteste formellement. Une société saine ne repose pas sur un État qui se substitue progressivement aux parents ou aux individus, mais sur des personnes qui exercent pleinement leur autorité et leur responsabilité. À force de vouloir tout encadrer, l’État ne protège plus seulement car il déresponsabilise. Les étatistes envoient un message clair, à savoir que l’éducation n’est plus d’abord l’affaire des parents, mais celle du pouvoir politique. Si le principe défendu est que l’État doit nécessairement protéger les individus contre tous les comportements susceptibles de leur nuire, pourquoi autorise-t-il la vente de tabac aux adultes, alors que celui-ci provoque chaque année des dizaines de milliers de décès et un coût considérable pour la collectivité ? Pourquoi tolère-t-il une alimentation ultra-transformée dont les effets sur l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires sont largement documentés ? Pourquoi des émissions de télévision manifestement abrutissantes, qui tirent le niveau culturel vers le bas, sont-elles librement diffusées ? Chacun perçoit qu'il existe une limite à ce que l'État peut ou doit interdire. La détermination de cette limite constitue le véritable débat de société. Malheureusement, celui-ci ne sera guère abordé de manière approfondie dans les grands médias. Et, lorsqu'il le sera, les échanges risqueront fort de demeurer partiels, superficiels et incomplets, au détriment d'une réflexion de fond sur les rapports entre la liberté individuelle et l'autorité publique. Si l’on admet que l’État peut se substituer aux parents dès qu’il estime qu’une pratique est nocive, où s’arrête-t-on ? Aujourd’hui les réseaux sociaux, demain les jeux vidéo, après-demain le temps d’écran, puis, pourquoi pas, l’obligation de porter une écharpe, un bonnet et des moufles à -5 °C au nom de la santé publique ? Une fois le principe admis, il ne reste plus de véritable limite, seulement une question de degré. L’État est dans son rôle lorsqu’il garantit la sécurité, rend la justice et protège les libertés. En revanche, lorsqu’il prétend devenir l’arbitre permanent de la vie familiale, il franchit une frontière dangereuse. Plus il étend son champ d’action, plus il rétrécit celui de la famille, des corps intermédiaires et de la responsabilité individuelle. Le véritable débat n’est donc pas celui des réseaux sociaux. Il porte sur le type de société dans lequel nous voulons vivre : une société où les parents éduquent leurs enfants, ou une société où l’État les remplace progressivement ? En guise de conclusion, je repense à cette formule de Benito Mussolini, prononcée devant la Chambre des députés du Royaume d'Italie le 26 mai 1927 : « Tout dans l'État, rien en dehors de l'État, rien contre l'État ». Cette citation illustre une conception de l'État qui ne reconnaît aucune limite à son autorité. Elle rappelle qu'une fois admis le principe selon lequel l'État peut s'immiscer sans limite dans toutes les sphères de l'existence, la question n'est plus de savoir s'il le fera, mais jusqu'où il ira. De fait, la réflexion sur les limites du pouvoir politique devrait constituer le cœur de tout débat de société digne de ce nom....

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