Poser la question de la manière dont agirait un roi de France en 2026 peut sembler uchronique ou provocateur. Certains y verront un rêve ; d’autres une prospective politique ancrée dans l’histoire, le droit et la réalité contemporaine. Elle mérite pourtant d’être traitée avec gravité, non parce qu’elle supposerait un retour mécanique aux temps anciens, mais parce qu’elle invite à interroger les fondements mêmes de l’autorité politique, de la souveraineté et de la justice dans un pays confronté à une crise institutionnelle majeure.
Certains adversaires de la royauté prétendent que les royalistes chercheraient à « revenir en arrière ». Cette accusation reste vaine : aucun monarchiste sérieux ne soutient une telle chimère et sa mise en œuvre est matériellement irréalisable. Réduire la doctrine royaliste à un simple voyage dans le temps traduit surtout une facilité polémique plutôt qu’une analyse circonstanciée. De la même manière, lorsqu’un individu guérit d’une maladie, nul ne dit qu’il « retourne en arrière » ; il retrouve simplement sa santé. Restaurer un ordre politique éprouvé suit la même logique : il ne s’agit pas de régression, mais d’un redressement.
Avant toute projection contemporaine, il convient de revenir aux principes fondateurs de la monarchie française, tant dans l’origine de son autorité que dans les obligations juridiques, sociales et politiques inhérentes à l’exercice de la charge royale. Le pouvoir monarchique en France ne procède ni d’un contrat social abstrait ni d’une délégation révocable par la volonté populaire. Il s’enracine dans une légitimité historique, coutumière et juridique, forgée au fil des siècles. Celle-ci trouve sa source dans le baptême de Clovis et de ses 3 000 guerriers, le 25 décembre 496, qui marque la naissance politique et spirituelle de la France. Par ce premier sacrement, le roi des Francs inscrit durablement le pouvoir dans un ordre moral et religieux, conférant à la royauté une vocation à la fois temporelle et spirituelle.
Cette continuité se consolide avec l’avènement des Capétiens en 987, lorsque la royauté française s’organise en une institution durable, fondée sur la permanence de la Couronne. Le sacre anticipé de l’héritier du trône, célébré du vivant du roi régnant, assure alors une transmission immédiate et incontestable du pouvoir. Au fil des décennies, cette précaution cesse d’être pratiquée, la certitude dynastique s’affermissant progressivement. La succession héréditaire s’impose alors comme un principe politique et juridique pleinement reconnu par tous.
Le roi n’est jamais propriétaire du pouvoir ; il n’en détient que l’usufruit. Cette distinction essentielle structure l’ensemble de la tradition politique française. Le royaume ne se confond ni avec un patrimoine privé, ni avec une création conventionnelle. Il incarne une réalité publique, historique, juridique qui précède et dépasse le souverain.
À cette cohésion historique s’ajoute le sacre. Loin de se borner à un rituel symbolique, il constitue un acte juridique et politique, profondément ancré dans le droit coutumier et les pratiques institutionnelles médiévales. Par ce rite solennel, le roi contracte publiquement des obligations précises : rendre la justice, maintenir la paix, défendre l’Église, combattre les hérésies et gouverner conformément aux lois fondamentales du royaume.
Les spécialistes du droit et les chroniqueurs médiévaux ont souligné que le sacre confère au roi une autorité doublement légitime : temporelle, comme dépositaire de la souveraineté de l’État, et spirituelle, comme souverain chrétien directement responsable devant Dieu. Cette dimension transcendante constitue une limite rigoureuse à l’arbitraire, garantissant que le pouvoir royal ne se résume jamais à une prérogative personnelle ou subjective. Il s’exerce toujours dans le cadre d’un ordre juridique supérieur, fondé par l’histoire, les coutumes et la religion chrétienne.
Dans l’ensemble, la monarchie française n’a jamais dégénéré en tyrannie ou en dictature, au sens actuel du terme. Par contraste, de nombreux régimes contemporains, sous des formes républicaines ou démocratiques, ont très souvent vu émerger des pouvoirs dictatoriaux qui neutralisent progressivement la justice, marginalisent les assemblées et réduisent les peuples au silence. Ils gouvernent par l’exception, tout en conservant l’apparence de la légalité.
Concrètement, la monarchie française repose sur des principes cohérents. L’unité du pouvoir constitue l’un des fondements de notre royauté. Contrairement aux systèmes reposant sur la séparation concurrentielle des autorités, la tradition française affirme l’indivisibilité de la souveraineté, incarnée par le roi. Cette réalité ne signifie pas l’absence de conseils, de lois ou d’équilibres institutionnels, mais la clarté et la responsabilité de l’autorité. Le roi décide, arbitre et assume. L’État a un visage et surtout une mémoire.
Pour autant, la monarchie n’exclut pas des mécanismes de contrôle. Le droit de remontrance permettait aux parlements et assemblées consultatives de présenter leurs observations au roi dans le cadre strict de la loi. Leur pouvoir de retarder l’enregistrement des édits constituait un moyen légal de résister à l’action royale. Ces dispositifs montrent que la politique sous la monarchie était un exercice vivant, doté de véritables contre‑pouvoirs, loin des formes contemporaines où l’autoritarisme s’impose sans frein.
Le catholicisme d’État illustre le rôle central du christianisme. Historiquement, la royauté reconnaît l’importance du christianisme dans l’ordre social et juridique. Ce fondement intellectuel signifie que le pouvoir politique ne se prétend pas source ultime du Bien et du Mal, mais se place sous une loi supérieure. Un roi de France en 2026 gouvernerait en assumant l’héritage spirituel du pays, veillant à ce qu’aucune loi ne contredise la loi naturelle. Concrètement, les lois autorisant l’avortement et l’euthanasie – qui frappent les innocents – seraient abrogées, rétablissant ainsi la défense inconditionnelle de la vie humaine depuis la conception jusqu’à la mort naturelle, conformément à l’enseignement immuable de l’Église catholique. Les jours fériés catholiques seraient pleinement observés, offrant au temps civil des pauses structurantes. Ils rappelleraient l’héritage spirituel de la France au cœur de la vie publique.
La souveraineté nationale se traduit par l’indépendance politique complète du royaume. Elle s’est historiquement affirmée face aux empiétements impériaux ou féodaux et garantit que toutes les décisions politiques, législatives et diplomatiques émanent du seul intérêt national. Aujourd’hui, elle implique de remettre en cause toutes les organisations supranationales qui restreignent l’action de l’État. Un monarque replacerait la France à sa juste place sur la scène internationale, pleinement maître de son destin et conscient de sa responsabilité historique.
Enfin, la justice demeure au cœur du pouvoir royal. Le roi, lieutenant de Dieu sur terre, exerce une responsabilité sacrée. Il s’affirme comme le « roi justicier », à l’instar des figures bibliques telles que Salomon, garantissant l’équilibre entre loi, morale et société. La justice n’est pas un simple service administratif : elle établit la condition même de la paix civile. La peine de mort, autrefois utilisée seulement contre les crimes les plus graves, illustre cette responsabilité ultime. Aujourd’hui, ce débat est largement exclu du champ public. Sans nul doute, un roi de France ouvrirait une réflexion capitale sur la peine…capitale. Il garantirait aussi que tout juge manquant à ses devoirs serait immédiatement remplacé, afin de préserver l’intégrité de l’autorité judiciaire.
Après avoir rappelé certains grands principes de la royauté française, il convient de souligner que les royalistes ne proposent pas un programme « clé en main », ni même un catalogue de mesures circonstancielles destinées à séduire l’électorat. Ils visent avant tout à rappeler des fondements, doctrinaux et politiques, capables de guider l’action de l’Etat royal au service du Bien Commun. Un roi de France ne gouvernerait pas selon les sondages, les réseaux sociaux ou l’agitation médiatique. Il restaurerait prioritairement l’autorité de l’État, en réconciliant la nation avec son histoire ! Il réaffirmerait la souveraineté juridique et politique du royaume de France, en rompant avec toute alliance militaire intégrée et tout dispositif supranational entravant son plein exercice. Il rejetterait la démocratie moderne et refuserait que l’avenir de notre pays soit livré au tumulte des élections et aux humeurs changeantes des citoyens.
De plus, il s’appuierait sur les corps intermédiaires et les communautés enracinées. Il défendrait une vision organique de la société, opposée à l’individualisme nihiliste, mettant en avant la famille naturelle comme cellule fondamentale de la société. Il recentrerait les priorités de l’État sur le domaine régalien : défense du territoire, sécurité intérieure, justice, promulgation des lois, diplomatie et relations internationales, finances publiques, fiscalité, trésor et souveraineté monétaire. Ce resserrement de l’action gouvernementale limiterait les dispersions inutiles et rendrait l’État véritablement efficace. Assurément, un État qui prétend tout contrôler finit par tout mal gérer, comme le montre cruellement l’expérience républicaine.
Pendant plus de treize siècles, la France s’est construite sous un régime monarchique, auxquels s’ajoutent les deux Empires. Fondée sur l’unité incarnée par le monarque et la souveraineté, la monarchie a assuré stabilité et continuité. Dans ce cadre, le génie français a trouvé les conditions pour pleinement s’exprimer et s’épanouir.
Se demander comment agirait un roi de France en 2026 revient donc moins à imaginer un programme illusoire qu’à poser une question vitale : la France peut-elle durablement se gouverner sans incarnation authentique de l’autorité, sans catholicisme et sans fidélité historique ? La monarchie ne se réduit ni à la nostalgie ni au romantisme ; elle demeure la réponse la plus réfléchie et structurée à l’épuisement des institutions républicaines, réinscrivant le pouvoir dans le temps long, la responsabilité et le Bien Commun…
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