Napoléon a proclamé cette célèbre sentence :
« Il n’y a que deux puissances dans le monde : le sabre et l’esprit. À la longue, le sabre est toujours vaincu par l’esprit ».
Hier, la technique a surclassé la dimension athlétique. J’irais même plus loin en écrivant que l’intelligence de jeu, l’organisation collective et la maîtrise tactique ont pris clairement le dessus sur la force brute, la vitesse et les exploits individuels.
Une fois encore, nous avons tous constaté que Kylian Mbappé éprouve davantage de difficultés lorsque l’adversaire présente un collectif parfaitement structuré, capable de réduire les espaces et de contrôler le rythme du match. Son départ du PSG s’inscrivait notamment dans un contexte où Luis Enrique souhaitait construire une équipe reposant davantage sur le collectif que sur une individualité très dominante. L’Asturien se doutait fortement que Mbappé s’inscrirait difficilement dans un projet de jeu où il n’apparaîtrait pas comme le numéro 1.
Au Real Madrid, Mbappé a continué d’afficher des statistiques impressionnantes en championnat, mais les grandes confrontations européennes ont été plus contrastées. Les deux campagnes de Ligue des champions du Real avec Mbappé dans l’effectif se sont soldées par des sorties de route prématurées. Cette réalité rappelle qu’à ce niveau, le talent individuel ne suffit pas toujours à compenser les faiblesses collectives.
Le projet consistant à faire de Mbappé l’homme providentiel n’a jamais véritablement abouti, ni en équipe de France ni au PSG. Cela ne signifie pas qu’il n’ait pas été décisif ou très important… Bien au contraire, il a souvent porté ses équipes dans les moments difficiles, et c’est bien ce constat qui pose, en réalité, problème. Dans le football moderne, une équipe construite principalement autour d’un seul joueur n’a jamais permis de conquérir une nouvelle Coupe du monde ni une Ligue des champions. Les suiveurs ont tendance à oublier que, par exemple, le milieu de terrain du grand Barcelone était composé de trois joueurs exceptionnels, dont deux (Iniesta et Xavi) auraient mérité le Ballon d’or…
Depuis le début de la compétition, beaucoup ont cru assister à une réinvention de Mbappé. Il semblait davantage impliqué dans le jeu collectif tout en conservant son efficacité devant le but. Toutefois, il faut aussi reconnaître que les adversaires rencontrés jusque-là étaient d’un niveau très inférieur à celui de l’Espagne. Face à des sélections médiocres comme le Maroc ou faibles comme la Suède ou l’Irak, les imperfections collectives françaises étaient moins visibles, et les individualités de l’équipe de France pouvaient, seules ou presque, faire la différence.
Je pense que l’une des principales erreurs de Didier Deschamps a consisté à ne pas avoir pleinement construit son équipe autour de son Ballon d’or, en le faisant évoluer à son poste de prédilection. Je ne me souviens pas d’une grande sélection ayant choisi de faire un tel choix. Certes, Kylian Mbappé avait déjà beaucoup apporté en équipe de France, mais il sortait de deux saisons en demi-teinte en club, malgré des statistiques toujours élevées. À l’inverse, Dembélé présentait toutes les garanties possibles (un comportement irréprochable, deux Ligues des champions remportées consécutivement, une grande confiance et une dynamique sportive exceptionnelle, etc).
Dans ce contexte, il était légitime de se demander si l’équipe n’aurait pas davantage gagné à être organisée autour du joueur qui venait d’être sacré Ballon d’or, plutôt que de continuer à privilégier un schéma pensé avant tout pour Mbappé, schéma qui n’avait, jusqu’alors, apporté aucun titre majeur (LDC ou CDM)…
Or, les grandes sélections qui marquent leur époque disposent généralement d’une hiérarchie tactique claire et d’un réel collectif. Deschamps n’a finalement pas réussi à construire un collectif suffisamment fort pour épauler le meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France. Cette faiblesse stratégique explique, en grande partie, les difficultés rencontrées par les Bleus face aux meilleures nations.
Hier, l’Espagne a rappelé une vérité aussi vieille que le football lui-même, à savoir que les grandes individualités font gagner des matches, mais que seuls les grands collectifs remportent les compétitions. Et, pour reprendre la formule de l’Empereur, « l’esprit a fini par triompher du sabre »…

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