Je ne suis pas allé voir Napoléon de Ridley Scott, car les bandes-annonces et les extraits diffusés avant sa sortie ne m'avaient nullement convaincu.
Les analyses d'historiens tels que Thierry Lentz et Patrice Gueniffey renforcèrent mon impression en mettant en lumière les nombreuses libertés prises avec les faits, sans même parler des grossières erreurs historiques. Pour cette raison, je n'ai pas souhaité voir ce film au cinéma et je ne pense pas le faire un jour.
De la même manière, je n'irai pas voir L'Odyssée de Christopher Nolan. Une adaptation est naturellement libre d'interpréter une œuvre, mais cette liberté trouve, selon moi, ses limites lorsqu'elle modifie profondément des éléments constitutifs du récit ou de son univers culturel.
Les choix de distribution peuvent relever d'une démarche artistique légitime. Toutefois, lorsqu'ils s'éloignent de la représentation traditionnellement associée aux personnages issus d'une œuvre fondatrice, certains spectateurs peuvent avoir le sentiment que la cohérence de l'imaginaire originel est affaiblie voire complètement dénaturé .
Dans le cas d'Hélène de Troie, figure emblématique de la mythologie grecque, je considère que la fidélité à la tradition iconographique et culturelle participe également du respect de l'œuvre adaptée.
Cette réflexion n'est pas, à mes yeux, une question de hiérarchie entre les cultures ou les individus, mais un principe de cohérence. Si un film consacré à Kunta Kinté ou à Shaka Zoulou confiait le rôle principal à Brad Pitt ou à Matt Damon, je ne souhaiterais pas davantage le voir, car j'y verrais une rupture avec l'identité historique et culturelle des personnages représentés.
De la même manière, il aurait été difficile d'imaginer Kim Basinger, par exemple, incarner la reine de Saba sans susciter les mêmes interrogations. Le principe que je défends est universel. Les adaptations gagnent en crédibilité lorsqu'elles cherchent à préserver l'identité historique, culturelle ou mythologique des figures qu'elles mettent en scène.
Au fond, la question dépasse le simple cadre du cinéma. Elle renvoie à un débat philosophique ancien : jusqu'où une œuvre peut-elle être réinterprétée sans perdre son identité ?
Pour ma part, je pense que la créativité n'exclut pas le respect de l'œuvre originelle. Bien au contraire, la créativité artistique atteint son plus haut degré lorsqu'elle respecte l'esprit de l'œuvre originelle, plutôt que de la plier à des considérations idéologiques douteuses...

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