Je sais que certains adorateurs de la force brute, esthètes de la brutalité qu’ils prennent pour de la virilité, voient dans le pardon accordé par Bonchamps un signe de faiblesse, une sensiblerie déplacée, une fissure dans l’armure du combattant. Pour eux, seule compte la loi du fer, du sang et de l’anéantissement total de l’ennemi. Ils confondent dureté et grandeur, cruauté et force, vengeance et honneur.
Le pardon de Bonchamps ne peut-être considéré comme un renoncement car il s'agit d'un sommet. Ce pardon n'exprime pas pas l’abandon de la puissance, mais son expression la plus haute. Effectivement, il est toujours plus facile de frapper que de retenir son bras, plus simple de s’abandonner à la haine que de la dompter, plus naturel de se venger que de se vaincre soi-même.
Au seuil de la mort, dans l’agonie, alors que tant d’autres n’auraient songé qu’à maudire ou à ordonner encore le massacre, Bonchamps choisit la clémence. Il sauve les prisonniers de l'armée républicaine au lieu de les livrer à la fureur. Ce geste dépasse la générosité car il relève de la grandeur d’âme. Il s’inscrit dans la plus pure tradition chevaleresque et chrétienne, celle où la force ne devient véritablement noble que lorsqu’elle sait se maîtriser.
Le guerrier authentique n’est pas la brute ivre de domination mais un homme capable de puissance qui reste maître de ses actes en toutes circonstances. Le héros n’est pas celui qui écrase sans frein, mais celui qui demeure juste quand tout l’invite à la fureur. En pardonnant, Bonchamps ne s’abaisse pas mais il s’élève.
Il prouve que la vraie supériorité ne consiste pas à détruire, mais de rester humain au milieu de l’inhumain, même si on se trouve au seuil de la mort ou plus exactement du rappel à Dieu. Les massacreurs peuvent impressionner un temps mais les âmes nobles, elles, traversent le temps et restent des exemples pour toujours...
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