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Le critère ultime, et à bien des égards indiscutable, qui permet de distinguer véritablement la gauche de la droite réside dans leur rapport respectif au temporel et au spirituel.
La gauche se caractérise fondamentalement par une volonté de subordonner le spirituel au temporel. Elle entend inscrire le religieux, le sacré et, plus largement, toute forme de transcendance dans l’ordre des constructions humaines, donc dans le champ du politique, du social et de l’historique.
À l’inverse, la droite affirme que le temporel doit être soumis au spirituel. Elle reconnaît l’existence d’un ordre supérieur, transcendant, qui fonde, oriente et limite l’action politique. Le pouvoir temporel n’y est jamais total : il est subordonné à une autorité qui le dépasse.
Ce clivage trouve une expression particulièrement nette dès les premiers temps de la Révolution dite française. Le vote de la Constitution civile du clergé en constitue une illustration majeure : les partisans de gauche approuvent la soumission de l’Église à l’État, tandis que ceux de droite s’y opposent au nom de la primauté et de l'indépendance du spirituel.
Un second clivage structurant apparaît avec la question du veto royal : la gauche s’y oppose, dans une logique de souveraineté totalitaire du corps politique, tandis que la droite en défend le maintien, comme instrument d’équilibre et de prérogative monarchique.
Dans cette perspective, le fascisme et le national-socialisme apparaissent, au-delà des classifications usuelles, comme des idéologies intrinsèquement de gauche. En effet, elles procèdent d’une même logique de subordination du spirituel au temporel. Par la déification de l’État, de la nation ou de l’homme lui-même, elles abolissent toute transcendance véritable et érigent le politique en instance ultime.
Ainsi, le véritable clivage politique ne se situe pas tant dans les programmes économiques ou sociaux que dans cette question fondamentale : le pouvoir temporel doit-il se soumettre à un ordre spirituel qui le dépasse, ou bien prétendre s’y substituer ?
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