De la violence politique et la nécessité de l’autorité


Franck-Abed-Chef

Ces dernières années, plusieurs personnalités politiques ont été victimes de tentatives d’assassinat. Le 13 juillet 2024, Donald Trump, alors candidat à l’élection présidentielle américaine, a été blessé lors d’un meeting en Pennsylvanie. Ces événements, largement médiatisés, pourraient laisser croire à une montée inédite de la violence politique dans les démocraties contemporaines.

Une telle lecture serait pourtant trompeuse. La violence politique, en tant que telle, est aujourd’hui plus que jamais moralement et juridiquement condamnée dans les sociétés occidentales. Ce que nous observons relève moins d’une radicalisation du débat public que d’un phénomène plus profond : la politisation de la violence, c’est-à-dire son instrumentalisation par des forces extérieures à la sphère politique classique.

L’exemple espagnol me paraît éclairant. Alejo Vidal-Quadras Roca, figure politique, a été grièvement blessé par un tueur à gages lié à une organisation criminelle structurée, révélant ainsi l’intrusion directe du crime organisé dans les affaires politiques. Plus préoccupant encore, cette organisation a ouvertement défié les institutions de l’État, allant jusqu’à proférer des menaces contre les plus hautes autorités.

Au Mexique, la situation atteint un niveau encore plus alarmant : des dizaines de candidats politiques ont été assassinés au cours d’une campagne électorale, tandis que des centaines d’autres ont subi menaces et agressions. Ici, la violence ne conteste plus seulement le pouvoir car elle s’y substitue.

Dès lors, une question essentielle s’impose, que l’historien et le philosophe que je suis ne peut éluder : la véritable menace ne réside-t-elle pas dans l’affaiblissement de l’autorité étatique elle-même et dans la montée de puissances concurrentes - criminelles ou informelles - qui viennent combler le vide laissé par les Etats " démocratiques " ?

L’histoire longue nous enseigne que ces phénomènes de violence, contre le pouvoir ou les autorités, ne sont pas nouveaux. Les périodes de crise et de désordre ont toujours favorisé l’émergence d’une violence politique accrue. C’est au XVIe siècle, dans le contexte des guerres de religion, que surgit la figure du « loup solitaire » et que se multiplient les régicides. Guillaume le Taciturne, Henri III puis Henri IV en sont les victimes...

Après une période de relative stabilité, la Révolution dite française marque une nouvelle rupture. L’assassinat de figures politiques s’inscrit dans un contexte où l’autorité monarchique, garante d’un ordre transcendant, est abolie au profit d’une souveraineté totalitaire, abstraite et instable. Le régicide du 21 janvier illustre parfaitement cette dérive : la violence devient un instrument idéologique, légitimé par la prétention à incarner une vérité supérieure. Tout le monde se souvient de cette sentence terrible : " Pas de liberté, pour les ennemis de Liberté ". Ou de la devise : " Liberté, Egalité, Fraternité ou la mort ".

Le tournant du XXe siècle constitue un autre moment d’intensification. Les attentats se multiplient dans un climat de tensions sociales, de nationalismes exacerbés et d’idéologies radicales. La mort de chefs d’État et de figures politiques majeures, en Europe comme aux États-Unis, témoigne d’un monde où l’ordre traditionnel, déjà fortement chancelant, vacille totalement. L’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, en 1914, illustre tragiquement comment un acte de violence peut précipiter un basculement historique majeur aux conséquences incalculables.

Entre les deux guerres, cette dynamique se poursuit. L’assassinat de Paul Doumer, d’Engelbert Dollfuss ou encore du roi Alexandre Ier de Yougoslavie montre que les États, privés d’une autorité solidement enracinée, restent vulnérables aux forces de destruction.

Ce que révèle cette histoire, c’est une constante : la violence politique prospère là où l’autorité s’affaiblit. Il apparaît clairement que les sociétés qui disposent d’un principe d’autorité stable, incarné et reconnu, sont mieux armées pour contenir les pulsions de violence.

C’est ici que la réflexion philosophique et politique rejoint la conviction monarchiste. La monarchie, en tant que principe, ne repose pas seulement sur une forme institutionnelle, mais sur une conception de l’ordre politique fondée sur la continuité, la stabilité et la transcendance. Elle incarne une autorité qui s’inscrit dans le temps long, au-delà des intérêts particuliers et des fluctuations de l’opinion.

À l’inverse, les systèmes politiques fondés sur la seule volonté générale ou sur des équilibres instables peinent parfois à produire cette permanence. Lorsque l’autorité devient purement fonctionnelle et non plus principielle, elle s’expose davantage à la contestation et, in fine, à la violence. Nous le voyons chaque jour dans notre pays depuis de nombreuses années. Qui pourrait le nier ?

La question n’est donc pas simplement de savoir si la violence augmente, mais de comprendre dans quel cadre elle peut émerger. Là où l’autorité est affaiblie, la violence trouve un espace pour se développer. Là où elle est forte, incarnée et légitime, elle demeure contenue.

Ainsi, la véritable réponse à la violence politique ne réside pas uniquement dans la répression ou dans le débat, mais dans la restauration d’une autorité claire, lisible et enracinée dans une continuité historique. C’est à cette condition que l’ordre peut être maintenu et que la paix civile peut être préservée.


Franck-Abed-Chef



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